DÉSACRALISATION DU MARIAGE: Quelle évolution au sein de la nouvelle génération ?
Autrefois symbole ultime d’engagement, d’union et de fidélité, le mariage a longtemps été perçu comme une institution sacrée et incontournable. Aujourd’hui, sa réalité semble tout autre, au point que certains parlent de profanation. Entre la hausse des divorces, l’essor du concubinage et la banalisation des unions libres, le mariage ne paraît plus indispensable au bonheur d’un couple. Sommes-nous face à une réelle désacralisation de l’institution, ou s’agit-il d’une simple redéfinition face aux exigences du monde moderne ? Enquête.
Historiquement défini comme l’union d’un homme et d’une femme fondée sur l’amour et scellée devant Dieu et les hommes, le mariage connaît aujourd’hui une perte progressive de sa valeur symbolique. Cette mutation touche l’ensemble du tissu social ainsi que les diverses confessions religieuses.
Pour l’abbé Parfait Noumonvi, la désacralisation est une réalité indéniable. Chez les catholiques, le mariage est une alliance fondée sur le consentement libre des époux : « L’alliance matrimoniale par laquelle un homme et une femme constituent entre eux une communauté de toute la vie. »
Si l’Église reconnaît à la fois le caractère naturel, social, civil et divin de cette union, l’abbé rappelle que la crise actuelle est accentuée par les « conditions culturelles, sociales et médiatiques » contemporaines. L’infidélité, la fuite face aux épreuves conjugales, la quête excessive de biens matériels et l’aspiration à une liberté sans limites sont autant de facteurs qui fragilisent l’engagement. Rares sont ceux qui acceptent encore de s’engager pleinement « pour le meilleur et pour le pire », faisant de la séparation une solution de facilité au moindre obstacle.
Même constat du côté de la foi musulmane. En Islam, le mariage est un contrat légal et spirituel visant à fonder un foyer, préserver la chasteté et favoriser l’épanouissement mutuel. L’Imam Issa Mohamed Awali, de la mosquée centrale de Yarakinin, rappelle d’ailleurs qu’il représente « la moitié de la foi ». Pourtant, lui aussi observe une érosion du sacré, expliquée par : Un manque de préparation et d’ignorance des droits et devoirs conjugaux.
Une indépendance financière accrue des femmes couplée à la démission de certains hommes dans leurs charges familiales.
La banalisation de la dimension spirituelle de l’union.
(À noter que, contrairement aux idées reçues, l’Islam encourage également le mariage civil afin de garantir et protéger juridiquement les droits de chaque conjoint).
Face aux échecs, séparations et souffrances conjugales observés au quotidien, la nouvelle génération adopte une posture beaucoup plus pragmatique. Le mariage n’est plus un passage obligé dicté par la pression sociale, mais un choix personnel hautement stratégique.
Cette philosophie est partagée par de nombreux jeunes, à l’image de Germain Aloze : « Je préfère prendre le temps de me construire et d’investir dans mes ambitions avant d’envisager un tel engagement. Pour moi, le mariage doit être un choix mûrement réfléchi, et non une simple étape imposée par la société. »
La priorité est désormais accordée à la stabilité personnelle, professionnelle et financière avant d’envisager d’officialiser une union.
Entre tradition et modernité : quel avenir pour le mariage ?
Si le mariage a profondément changé dans sa perception, il ne laisse personne indifférent. Pour les uns, il demeure un idéal d’amour, de stabilité et le pilier de la cellule familiale. Pour les autres, il est devenu une simple formalité administrative qui n’offre plus aucune garantie de fidélité ni de pérennité.
Face à ces mutations profondes, la clé réside peut-être dans l’équilibre, comme le résume l’abbé Noumonvi : il s’agit de « vivre dans ce monde avec discernement afin de choisir avec sagesse ce qui conduit véritablement au bonheur. »
Par Edwige GADEDJI (Stg)
