novembre 4, 2026

DÉCOLONISATION DES SAVOIRS DANS LE SYSTÈME ÉDUCATIF BURKINABÈS: Haïti et Sankara entrent dans les manuels scolaires

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Depuis la rentrée du 1er octobre 2026, le Burkina Faso a révisé ses programmes d’histoire-géographie. L’enseignement de la Révolution haïtienne en classe de 4e et des révolutions burkinabè en classe de 5e figurent parmi les nouveautés d’une réforme présentée comme une décolonisation des savoirs.

C’est une refonte à portée symbolique. Ouagadougou a décidé de recomposer les références enseignées à ses élèves, en introduisant dans les programmes deux révolutions devenues emblématiques des luttes d’émancipation : celle de Thomas Sankara et celle d’Haïti.

Ce qui change dans les programmes

La réforme, effective depuis le 1er octobre, s’organise par niveau :

  • En 6e : Introduction de la notion de révolution pour familiariser les élèves aux ruptures politiques et sociales.
  • En 5e : Double nouveauté. Un chapitre sur les savoirs et savoir-faire africains, puis un chapitre sur les révolutions burkinabè, avec l’étude de la Révolution démocratique et populaire de Thomas Sankara (1983-1987) et de la Révolution progressiste populaire portée par Ibrahim Traoré.
  • En 4e : Introduction d’un chapitre sur la Révolution haïtienne, consacré aux luttes de libération, à leurs succès et à leurs erreurs.

Au-delà des contenus, la réforme touche aussi au vocabulaire scolaire. Plusieurs médias, dont Africaho le 19 octobre 2026 et African Ledger en octobre 2026, ont rapporté le remplacement d’expressions jugées dévalorisantes pour l’Afrique.

Pourquoi Haïti ?

Le choix de la Révolution haïtienne donne à la réforme une portée qui dépasse le cadre national. Entre 1791 et 1804, à Saint-Domingue, des esclaves insurgés et des libres de couleur ont mené une insurrection qui a conduit à l’abolition de l’esclavage et à la proclamation de l’indépendance d’Haïti le 1er janvier 1804. Elle reste la seule grande révolte d’esclaves ayant abouti à la création d’un État indépendant.

Pour Ouagadougou, l’intérêt pédagogique est double : présenter les Africains et leurs descendants comme des acteurs de l’histoire mondiale, et offrir un point de comparaison avec les expériences burkinabè sur les questions de souveraineté, de mobilisation populaire et de rapport aux puissances étrangères.

L’enjeu : rigueur historique

La réussite de cette réforme ne se mesurera pas à l’ajout de chapitres, mais à la manière de les enseigner. Le risque serait de présenter Haïti ou Sankara comme des modèles à reproduire. L’enjeu est inverse : examiner les causes, les acteurs, les victoires, les contradictions et les conséquences de chaque révolution.

De même, l’étude des révolutions de 1983 et de la période actuelle devra distinguer les faits historiques, les idéaux politiques et les interprétations contemporaines.

Avec Haïti et Sankara au programme, le Burkina Faso élargit le récit historique enseigné à ses élèves. La décolonisation des savoirs peut ouvrir des perspectives. Sa crédibilité dépendra de la qualité des sources, de la pluralité des analyses et de la liberté laissée aux élèves de questionner l’histoire, même celle qu’on leur présente comme héroïque.

✍️ Prospère CAKPO (Stg)

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