REGARDS SUR LES PARCOURS DE VIE: Le dilemme des personnes en situation de handicap

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Au sein de notre société, les personnes en situation de handicap subissent encore trop souvent le poids des préjugés et de la marginalisation. Pourtant, derrière la vulnérabilité se cachent des trajectoires radicalement différentes : d’un côté, ceux qui se battent au quotidien pour arracher leur autonomie par le travail ; de l’autre, ceux qui, acculés par la précarité, se résolvent à tendre la main. Notre enquête sur les ressorts profonds d’un choix dicté par la survie ou la dignité révèle un dilemme.

Pour beaucoup, la rue n’est pas un choix, mais le point de chute d’un isolement social et familial. Perçues à tort comme un fardeau par leurs proches, certaines personnes vulnérables finissent par intérioriser le regard négatif de la société. Livrées à elles-mêmes, elles s’installent au bord des axes routiers, suspendues à la générosité des passants.

C’est le quotidien amer de dame aux initiales F. S. Privée de tout filet de sécurité, elle confie : « Je ne bénéficie d’aucune aide. C’est uniquement à cause de mon handicap que je suis contrainte de m’installer au bord de la voie. » Pour elle, s’exposer ainsi est l’unique moyen de subsister, même si la récolte est dérisoire. « Il y a des jours où je gagne à peine 500 francs CFA. Tout dépend de l’affluence, mais cette somme ne suffit jamais, car j’ai des enfants à nourrir. » Face à une infirmité motrice qui paralyse l’un de ses membres inférieurs, l’entrepreneuriat lui semble une montagne infranchissable : « Je ne peux pas exercer un métier, mon pied ne fonctionne pas. Même si j’ai l’usage de mes deux bras, il m’est extrêmement difficile de me lancer. »

À l’opposé de cette détresse, d’autres refusent de faire de leur état de santé une fatalité. C’est le chemin de la résilience qu’a choisi d’emprunter Varence Nantori. Malgré les barrières, cet artisan a exclu la charité de ses options d’existence.

« J’ai choisi d’entreprendre parce que je n’avais pas d’emploi », tranche-t-il avec fierté. « Il était hors de question pour moi d’aller m’asseoir au bord de la route pour quémander. J’ai préféré apprendre un métier. » Seul face à son destin, il tire sa dignité de la sueur de son front : « Personne ne me soutient financièrement. Je ne compte que sur moi-même pour faire vivre ma famille. »

Pour Varence, le handicap sert parfois d’alibi à une forme de facilité. Son regard sur la mendicité est sans concession, mais teinté de conseils : « Je pense que certains profitent de leur situation pour solliciter de l’argent. Pourtant, en cherchant bien, on peut toujours trouver une petite activité ou proposer des services adaptés à nos capacités pour gagner honnêtement sa vie. »

Au-delà des trajectoires individuelles, ces deux visions opposées posent une question cruciale sur la perception globale du handicap dans notre société.

D’un côté, l’image de la mendicité perpétue le cliché de la dépendance et de la pitié. De l’autre, l’effort d’insertion par le travail prouve que la productivité et l’indépendance sont possibles. Au regard de ces témoignages poignants, une interrogation demeure : quel modèle d’avenir les personnes qui choisissent la mendicité renvoient-elles à leurs pairs qui hésitent encore à franchir le pas de l’autonomie ?

Déodora ALLOGBE (Stg)

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