juillet 3, 2026

ENQUÊTE/COUPEURS D’ONGLES AMBULANTS À PARAKOU: Une pratique à risque pour la santé publique

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Ciseaux rouillés sortis de la poche, lame essuyée à la hâte sur un pan de pagne, client installé sur un tabouret de fortune au bord de la chaussée… Dans les rues de Parakou, les coupeurs d’ongles ambulants font partie du décor. Pratique, rapide et économique, ce service de proximité cache pourtant une réalité plus sombre. Les professionnels de la santé tirent la sonnette d’alarme face à un risque élevé de transmission de maladies infectieuses. Pour mesurer l’ampleur du phénomène, Benin Best News est allé à la rencontre des trois acteurs clés de ce secteur : les prestataires, les usagers et le corps médical.

Rencontré au marché Rose Croix de Parakou, M. Kamissou exerce ce métier depuis deux ans et reçoit en moyenne cinq clients par jour. Pour lui, la sécurité sanitaire est un luxe difficilement abordable : « Je nettoie mes ciseaux avec de l’eau et du savon entre deux clients. S’il y a une blessure, j’applique un peu d’alcool. Mais le désinfectant spécial coûte environ 1 500 F CFA le flacon et se vide très vite », explique-t-il.

La réalité du terrain impose parfois des pratiques expéditives. « Si je blesse quelqu’un et que ça saigne, j’essuie la lame avec mon mouchoir et un peu d’alcool s’il en reste, puis je continue. On n’a pas le temps d’attendre », confie-t-il sans détour.

Bien qu’il soit conscient des dangers grâce aux médias, le besoin de subsistance prend le dessus : « J’ai entendu parler du VIH et de l’hépatite à la radio et sur les réseaux sociaux. Mais nous n’avons jamais reçu de formation. On travaille pour manger. Si on refuse un client par manque de produits, on ne gagne rien de la journée. »

Face à ces risques, les clients mettent en avant l’argument économique et l’accessibilité. Gabriel K., conducteur de taxi-moto (zémidjan) dans la cité des Kobourou, est un habitué : « Au salon, c’est au moins 500 à 1 000 F CFA juste pour les ongles. Le gars de la rue, lui, prend entre 100 et 300 F CFA. C’est rapide, sans rendez-vous. Pour un « zém » comme moi, chaque minute et chaque franc comptent. »

Un avis partagé par Diane Avignon, étudiante à l’Université de Parakou (UP) : « Parfois, je les interpelle et c’est réglé en un laps de temps. Pour 100 F CFA, c’est nickel. » Quant au danger d’infection, elle avoue minimiser la situation : « Je sais que ça peut transmettre des maladies, mais je me dis que couper les ongles, ce n’est pas comme se faire tatouer. Le risque doit être minime, non ? De plus, je ne demande jamais comment ils désinfectent leurs outils. Ce serait leur montrer qu’on n’a pas confiance. Et puis, tout le monde fait pareil dans la rue. »

Pour Jacqueline, également étudiante à l’UP, le constat est identique, bien qu’elle commence à prendre conscience que ces ciseaux ne coupent pas que les ongles, mais peuvent aussi véhiculer des virus d’un sang à un autre.

Face à ce relâchement, les spécialistes de la santé se veulent catégoriques. Le Dr Simplice HINVO, médecin généraliste à Parakou, prévient : « Toute effraction cutanée avec un instrument souillé par le sang d’une personne infectée est une porte ouverte à la transmission du VIH, de l’hépatite B et de l’hépatite C. Cela peut aussi provoquer des abcès, des panaris et d’autres infections graves. Il faut savoir que l’hépatite B est 100 fois plus contagieuse que le VIH. Une micro-coupure invisible à l’œil nu suffit pour être contaminé. »

Bien que le lien de cause à effet soit difficile à prouver scientifiquement lors des consultations, le médecin confirme que le secteur est sous surveillance : « Nous recevons des patients présentant des complications. Établir un lien direct à 100 % reste complexe, mais c’est un facteur de risque majeur que nous surveillons de près. »

Pour endiguer ce problème de santé publique, le praticien formule des recommandations strictes :

Pour les prestataires : Disposer au minimum de deux lots d’outils complets et utiliser systématiquement des produits de désinfection adaptés.

Pour les populations : Privilégier les salons professionnels respectant les règles d’hygiène ou, idéalement, posséder son propre kit de manucure/pédicure personnel.

De manière générale : Ne jamais partager d’objets tranchants ou perforants (lames, coupe-ongles, rasoirs, tondeuses), se faire dépister et se faire vacciner contre l’hépatite B.

« Le message est simple : évitez le partage d’objets coupants. Il faut sensibiliser massivement les praticiens et les usagers, car les ongles ne valent pas la santé », martèle le Dr HINVO.

Entre accessibilité économique et sécurité sanitaire, le fossé reste béant à Parakou. Si la débrouillardise permet à de nombreux jeunes de subvenir à leurs besoins, le corps médical rappelle qu’elle ne doit pas se faire au détriment de la vie humaine. Face à cette pratique qui touche des milliers de Béninois, l’arsenal le plus efficace reste l’éducation des consommateurs et la formation des acteurs ambulants aux règles élémentaires d’hygiène.

✍️ Par Joseph HOUNKPATIN (Stg)

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