VIOLENCES SEXUELLES EN MILIEU PROFESSIONNEL: Et si les victimes brisaient le silence ?
Harcèlement, chantage sexuel, agressions : chaque année, de nombreux travailleuses subissent des violences sexuelles au bureau, dans les ateliers ou les commerces. Ces actes sont souvent posés par des employeurs, des collègues ou parfois des clients. Coincées entre la peur et la crainte de perdre leur emploi, de nombreuses victimes choisissent encore le silence.
Une violence sexuelle se définit d’abord par une pression sexuelle exercée sur une personne contre son gré. En milieu de travail, elle se manifeste fréquemment par un abus de pouvoir hiérarchique pour obtenir des rapports sexuels non consentis. Ce fléau touche tous les secteurs, qu’ils soient publics ou privés : administration scolaire, hôpitaux ou commerces. Si les femmes en sont les principales victimes, certains hommes en souffrent également.
Ces violences prennent plusieurs formes : pressions en échange d’une promotion ou d’un poste, diffusion d’images intimes ou attouchements sans consentement. Pour Angélo Houndjo, chef d’entreprise AG Ciné Center, le constat est clair : « En milieu professionnel, cela se manifeste par un abus de pouvoir hiérarchique (patron sur employée) pour obtenir des rapports sexuels sans consentement. »
Aïcha (prénom d’emprunt) se souvient encore des débuts avec son ancien employeur : « Au début de notre collaboration, il m’a fait des avances et m’a même envoyé des photos intimes, mais je n’y ai jamais donné suite. Il m’avait également proposé de suivre gratuitement une formation dans son centre, ce qui semblait être le prétexte de son rapprochement. »
Lorsqu’un supérieur hiérarchique est l’agresseur, les victimes hésitent fortement à dénoncer. Angélo Houndjo explique cette réticence par la peur : « Les victimes craignent de perdre leur emploi, de voir leurs relations personnelles brisées par l’incompréhension de leur conjoint, ou de subir le jugement de la communauté qui tend souvent à culpabiliser la victime. »
Faute de recours perçus comme sûrs, de nombreuses victimes préfèrent démissionner plutôt que d’engager une procédure judiciaire incertaine. Après plusieurs mois de pression psychologique, Aïcha a fini par abandonner son poste. « J’ai fini par comprendre que dans la vie, il n’y a rien pour rien. Quand on n’a pas de moyens et qu’on vient d’une famille peu modeste, on peut parfois accepter des situations difficiles. Aujourd’hui, je reste ouverte aux opportunités, mais je ne cours plus après n’importe quel travail », confie-t-elle. Face à ces situations, M. Houndjo insiste sur la nécessité pour certains chefs d’entreprise d’arrêter d’abuser de la vulnérabilité économique ou de la bienveillance des femmes.
Bien que des institutions comme l’Institut National de la Femme (INF) soient pleinement engagées dans cette lutte, les témoignages recueillis sous anonymat montrent que le chemin reste long. Il incombe désormais aux entreprises, aux administrations et aux pouvoirs publics de renforcer les mesures de prévention et de protection et surtout des mécanismes de dénonciation sans peur. L’objectif est de garantir que le lieu de travail devienne un espace sûr et convivial, où chacun peut exercer ses compétences dans le respect de sa dignité et de son intégrité.
Edwige GADEDJI (Stg)
