juillet 15, 2026

CALVAIRE DES APPRENTIS: « Je ne veux pas de lui », la phrase qui brise les vocations

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Dans les salons de coiffure, les garages ou les ateliers de couture, la scène se répète inlassablement. Un client franchit le seuil, jette un regard méfiant sur l’apprenti et exige immédiatement le « patron ». Ce refus systématique de confier sa tête, sa voiture ou son tissu aux apprenants plombe leur moral et menace l’avenir du secteur informel.

Pour les maîtres d’apprentissage, le constat est amer. Former un jeune demande du temps, de la patience et, surtout, des clients prêts à jouer le jeu. Malheureusement, la clientèle refuse de plus en plus de servir de « cobaye ».

« Quand un client dit ouvertement devant un apprenti « je ne veux pas de lui », c’est une véritable humiliation », déplore M. Dossou, mécanicien à Porto-Novo. « Le jeune perd toute sa motivation, et certains finissent par abandonner le métier. »

Les clients, de leur côté, justifient leur méfiance par la peur d’un travail bâclé. C’est le cas d’Achille Dedji, pour qui l’absence du patron signifie « pas de travail ». Il raconte avoir confié un pagne à un tailleur qui l’a laissé entre les mains d’un apprenti, pour un résultat jugé catastrophique. « Les apprentis manquent d’expérience, ils risquent de faire de la médiocrité », affirme-t-il fermement.

Ce boycott systématique ralentit la formation des jeunes : sans pratique, l’apprentissage s’éternise et la confiance en soi s’effondre. « Les apprentis se sentent découragés et frustrés », confirme José Maxime Hountovo, maître coiffeur. Pourtant, tous les patrons d’aujourd’hui sont passés par là. Bloquer un apprenti maintenant, c’est s’assurer une pénurie de professionnels qualifiés demain.

Pour faire face à cette situation, les chefs d’atelier doivent ruser. Afin de ne pas perdre de clients en quête de « perfection », José Maxime Hountovo choisit parfois de faire le travail lui-même. D’autres misent plutôt sur la pédagogie et rassurent le client en lui expliquant que le patron supervise chaque étape du processus.

Mme Félicité, patronne de salon de coiffure, utilise une métaphore parlante : « Comment voulez-vous qu’un chirurgien opère s’il n’a jamais touché un patient pendant ses études ? C’est le même principe. Il faut donner leur chance aux apprentis pour qu’ils prouvent leur savoir-faire. » Heureusement, certains clients se montrent plus souples, à l’instar de Norbert : « Je n’ai aucun problème avec les apprentis. S’ils savent faire le travail, cela me va. »

Le message des apprenants reste unanime : « Donnez-nous une chance. Nous avons besoin de pratiquer pour devenir bons. »

Si l’exigence de qualité des clients est légitime, le rejet systématique des apprentis pose un problème de fond. À force de refuser les apprenants, les clients risquent de se retrouver, d’ici quelques années, sans aucun patron pour les servir. Tout expert a commencé un jour par être un débutant. Dès lors, une question demeure : comment concilier l’exigence immédiate du consommateur et l’obligation de former la relève ?

✍️ Prospère CAKPO (Stg)

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