BÉNIN: Quand les urnes ne font plus recette
Par le passé, les jours d’élections au Bénin ressemblaient à de grandes kermesses populaires. Aujourd’hui, l’enthousiasme semble avoir cédé la place à un silence assourdissant. Dans de nombreux bureaux de vote, le constat est amer : les électeurs boudent les isoloirs.
Il est 18h 10 à Parakou, et dans ce centre de vote témoin, l’ambiance est loin de l’effervescence des décennies précédentes. Sur les registres, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Sur plus de 400 inscrits, 98 ont fait le déplacement. Les agents électoraux, entourés d’une vingtaine de personnes, font le dépouillement.
Ce désamour ne date pas d’hier, mais il semble s’enraciner. Plusieurs facteurs expliquent cette métamorphose du paysage politique béninois :
La perception de l’enjeu : Pour beaucoup d’électeurs, le sentiment que « les jeux sont faits d’avance » décourage le déplacement.
La rupture sociale : Une partie de la population ne se reconnaît plus dans l’offre politique, marquée par des réformes du système partisan qui ont profondément modifié les règles du jeu.
Si le vote reste légal, cette faible participation pose la question de la représentativité. Un élu avec un taux de participation avoisinant les 30% dispose-t-il de la même force morale qu’un élu plébiscité par les foules ?
Le boycott, qu’il soit un choix politique conscient ou le fruit d’une simple indifférence, est un message envoyé à la classe politique. Le défi pour les années à venir sera de transformer ce silence en un nouveau dialogue, afin que l’encre indélébile sur les pouces des Béninois redevienne un motif de fierté et non un souvenir lointain.
