octobre 23, 2026

DIPLÔMÉS MAIS AU CHÔMAGE: Le paradoxe d’une jeunesse sans emploi

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Ils sont des milliers à sortir chaque année des universités et centres de formation, diplôme en main, espoir en bandoulière. Pourtant, la porte du marché de l’emploi reste désespérément fermée. Au Bénin, le manque d’emploi, notamment chez les jeunes, n’est plus une simple statistique, c’est devenu une crise sociale qui nourrit l’exode, le sous-emploi et la débrouillardise forcée.

Le tableau est connu de tous, mais il reste amer. À Cotonou, Abomey-Calavi, Parakou ou Natitingou, le même scénario se répète : des jeunes titulaires de Licence, de Master, voire d’écoles techniques, qui enchaînent stages non rémunérés, petits jobs de survie et concours à n’en plus finir. Selon les derniers chiffres, plus de 70% de la population béninoise a moins de 35 ans, mais une grande partie de cette jeunesse active peine à trouver un emploi décent et stable.

Pourquoi ce blocage ? Les causes sont multiples et structurelles.

D’abord, le décalage criant entre formation et besoin du marché. Nos universités continuent de former massivement dans des filières saturées comme la sociologie, la géographie ou l’administration générale, tandis que les secteurs porteurs comme l’agro-industrie, le numérique, la maintenance industrielle ou le BTP manquent cruellement de main d’œuvre qualifiée.

Ensuite, la faiblesse du tissu industriel. L’économie béninoise reste dominée par l’informel, qui représente plus de 80% des emplois. Faute d’usines et de grandes entreprises pourvoyeuses d’emplois, le secteur privé formel n’absorbe qu’une infime partie des demandeurs. L’État, longtemps considéré comme le premier employeur, ne peut plus à lui seul contenir le flot.

Enfin, le manque d’accompagnement à l’entrepreneuriat. Beaucoup de jeunes veulent entreprendre, mais se heurtent à trois murs : l’accès au financement, la lourdeur administrative et le manque de mentorat. Résultat : des projets meurent dans les tiroirs, et ceux qui se lancent le font souvent sans filet, condamnés à la précarité.

Les conséquences sont visibles. C’est l’exode vers le Nigeria, le Gabon ou l’Europe au péril de leur vie. C’est le développement des activités à risque comme les arnaques en ligne, parce qu’il faut bien « se chercher ». C’est aussi cette résignation silencieuse de toute une génération qui a l’impression que le diplôme ne vaut plus rien.

Pourtant, des pistes existent. Le gouvernement a lancé plusieurs programmes comme Azoli, le projet ARCH ou le soutien aux PME, mais leur impact reste limité face à l’ampleur du besoin. Les experts sont unanimes : il faut une réforme courageuse de la formation technique et professionnelle, une véritable politique d’industrialisation locale et un accès simplifié au crédit pour les jeunes porteurs de projets.

Le Bénin ne manque pas de talents. Il manque d’opportunités pour ses talents. Tant que le diplôme continuera de rimer avec chômage et que l’emploi restera un privilège et non un droit accessible, la jeunesse restera cette bombe à retardement sociale qui ne demande qu’à exploser ou à s’exiler. L’urgence n’est plus de former, mais d’insérer.

✍️ Prospère CAKPO (Stg)

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