BÉNIN / CYBERCRIMINALITÉ À ABOMEY CALAVI: Comment 19 000 cartes SIM « vendues » ont trouvé refuge dans une chambre à Hêvié
Toucher des commissions sans jamais croiser un client, c’était le filon trouvé par six agents commerciaux à Hèvié. Leur méthode : récupérer des lots de cartes SIM, les activer depuis leur domicile avec 1 000 fausses pièces d’identité, puis les déclarer comme vendues. Le stratagème a pris fin vendredi 16 octobre 2026 lors d’une intervention de la Direction de Lutte contre la Cybercriminalité (DLC) et du CNIN qui a permis la saisie de 19 000 SIM.
Ils pensaient avoir inventé le travail à domicile parfait. Le matin, ils récupéraient leur stock de cartes SIM auprès de leur opérateur, montaient dans le véhicule de transport et ensuite, au lieu d’aller sur le terrain, ils bifurquaient discrètement vers leur domicile. Confortablement installés à Hèvié, dans la commune d’Abomey-Calavi, six agents commerciaux ont transformé leur chambre en usine à fraude.
Le plan semblait pourtant bien rodé. D’après les premiers éléments de l’enquête, le mode opératoire était simple et lucratif. Après avoir récupéré leurs lots, les six agents enregistraient et activaient les puces à la chaîne, non pas avec de vrais clients, mais en piochant dans un stock impressionnant de 1 000 fausses cartes d’identité de plusieurs nationalités. Une fois activée, la carte SIM était déclarée « vendue » dans le système, déclenchant automatiquement le versement d’une commission. La prime tombait, sans effort, et le tour était joué.
Sauf que l’antenne régionale Sud de la Direction de Lutte contre la Cybercriminalité (DLC), appuyée par le Centre National d’Investigations Numériques (CNIN), veillait. Vendredi 16 octobre, une intervention rondement menée sous les yeux des riverains a mis fin à l’expérience.
Résultat de la perquisition : un butin stupéfiant de 19 000 cartes SIM d’un même opérateur, toutes enregistrées comme vendues, mais sagement entassées dans les chambres des suspects.
Au-delà de la simple fraude à la commission, c’est la seconde partie du dossier qui inquiète le plus les enquêteurs. Ce type de vivier de numéros activés sous de fausses identités est la matière première de la cybercriminalité. Anarques en ligne, broutage, escroqueries téléphoniques et usurpation d’identité : tous ces réseaux se nourrissent de ces SIM anonymes pour opérer en toute impunité.
Selon des informations relayées par le confrère du journal Le Potentiel, les six mis en cause auraient reconnu faire partie d’un réseau plus vaste, étendu sur l’ensemble du territoire national. L’enquête ne fait donc que commencer. Pour la DLC, l’enjeu est désormais de remonter toute la filière pour couper l’approvisionnement des cybercriminels à la source.
Fin de parcours pour le travail à domicile fictif. Les six agents sont actuellement gardés à vue. Ils devront très prochainement s’expliquer devant le Procureur Spécial près la Cour de Répression des Infractions Économiques et du Terrorisme (CRIET), où leurs talents de vendeurs virtuels risquent d’être appréciés d’un tout autre œil.
✍️ Prospère CAKPO (Stg)
