juillet 31, 2026

ÉDITORIAL/CAMEROUN: Quand le silence du sommet fait gronder la rue

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L’absence prolongée du chef de l’État et l’inertie verbale de l’appareil exécutif ont dépassé le simple fait d’agenda. Elles constituent désormais un enjeu politique majeur et un problème civique brûlant. En choisissant le secret plutôt que la transparence, le pouvoir entretient l’inquiétude et fissure le pacte de confiance indispensable à la stabilité de la nation.

Depuis plusieurs semaines, la parole présidentielle s’est évaporée. Ce vide communicatif est aussitôt investi par les rumeurs, les spéculations et les théories en tout genre. Dans une architecture institutionnelle où la voix du sommet donne le ton, la moindre ombre au sommet crée un vertige à la base. Ce mutisme est d’autant plus insupportable que le quotidien des citoyens, lui, n’est pas en pause : il reste marqué par la vie chère, la dégradation des services publics et le blocage de décisions économiques cruciales.

La discrétion peut être une posture stratégique ponctuelle. Mais poussée à l’excès et privée de relais institutionnels crédibles, elle cesse d’être une preuve de maîtrise pour devenir un aveu de faiblesse. Les communiqués laconiques assurant que « l’État tourne » ne suffisent plus à rassurer une opinion qui exige de voir, de savoir et de comprendre. La simple continuité administrative ne remplacera jamais la légitimité politique, laquelle s’entretient par un dialogue constant et transparent.

Ce silence met surtout en lumière une faille systémique : l’hyper-centralisation du pouvoir. Un État incarné par un seul homme vacille dès que cette figure s’éloigne du champ visuel. Cette absence révèle l’incapacité des institutions secondaires à prendre le relais publiquement sans susciter la suspicion. Dès lors, le terrain est libre pour les contestations : débats sur une éventuelle vacance du pouvoir, dénonciation d’une gouvernance par procuration, exaspération populaire. Autant de symptômes d’une crise de confiance profonde.

La puissance d’un État ne se mesure ni à l’opacité de son agenda ni au culte du mystère. Elle se vérifie dans sa capacité à s’adresser à sa population avec clarté, franchise et réactivité.

Il appartient désormais aux autorités de lever les ambiguïtés et de matérialiser la continuité de l’État. Il incombe aux citoyens et aux médias d’exiger cette reddition de comptes avec rigueur, en s’en tenant aux faits plutôt qu’en cédant à l’emportement des réseaux.

La stabilité d’une nation repose sur la clarté. Pour que le peuple cesse de faire du bruit, le pouvoir doit d’abord rompre le silence qui le provoque.

✍️ Par Iréné N’KOUE

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