FERS DE L’ANGOISSE: Des rues de Parakou se changent en pièges

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Des tiges de fer rouillées qui jaillissent des caniveaux béants, des chantiers abandonnés au gré du temps, des pavés éventrés qui défigurent les axes routiers… À Parakou, le danger est désormais ancré dans le décor. Du quartier Arafat jusqu’aux abords du grand marché Arzèkè, le constat est d’une uniformité glaçante. Là où les autorités locales ne voient que des « chantiers en cours », les administrés, eux, vivent une exposition permanente au drame.

Il suffit d’une ondée nocturne ou d’une seconde d’inattention pour que le piège se referme. Moussa, conducteur de zémidjan depuis dix ans, a vu les trottoirs de la cité des Kobourou se transformer en coupe-gorge. « La nuit, ces fers sont totalement invisibles », confie-t-il, la mine grave. Les chutes ? Il ne les compte plus. Récemment encore, l’un de ses collègues a eu la jambe profondément entaillée par une armature métallique. Au-delà des conducteurs de deux-roues, ce sont aussi les enfants, insouciants à proximité de ces chantiers à ciel ouvert, qui frôlent le pire à chaque pas.

Le saviez-vous ? La responsabilité de ce péril urbain est partagée. Si la gestion publique piétine, l’incivisme des populations locales aggrave cruellement la situation.

Sur le terrain, le vandalisme dicte sa loi. À peine posées, les barrières de sécurité s’évaporent dans la nature. Pire encore, certains usagers n’hésitent pas à forcer les périmètres de sécurité pour grappiller de précieuses minutes. À Banikanni, une commerçante exaspérée témoigne avoir vu des jeunes démonter délibérément les dispositifs de protection.

Pourtant, sécuriser l’espace public ne relève pas de l’impossible. Des actions à faible coût pourraient radicalement changer la donne : Peindre les tiges de fer apparentes avec une peinture fluorescente ou vive ; poser des balises temporaires lourdes et impossibles à emporter facilement ; créer un canal de signalement citoyen pour répertorier les chantiers à risque.

Pour le vieux conducteur Moussa, l’urgence se résume en une formule percutante : « Qu’on coupe ou qu’on couvre ces fers. La vie d’un homme vaudra toujours plus qu’un sac de ciment. »

En définitive, ces excroissances de fer qui balafrent Parakou illustrent le fossé immense entre une métropole en pleine expansion et la sécurité de ses habitants. Tant que le laxisme des chantiers répondra à l’incivisme de la rue, le bitume continuera de saigner. Les décideurs doivent désormais trancher : anticiper le drame, ou continuer d’attendre l’accident de trop.

Azoumi KORA (Stg)

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