SOUVERAINETÉ AU BURKINA FASO: Le régime de Traoré décolonise les manuels d’histoire-géographie
Dans le cadre de son « souverainisme assumé », le capitaine Ibrahim Traoré engage une refonte profonde de l’enseignement. Un nouveau manuel de 190 pages est désormais distribué aux enseignants pour rompre avec l’héritage colonial et enseigner l’histoire et la géographie du Faso autrement.
C’est une petite révolution dans les salles de classe. Héritier revendiqué de Thomas Sankara et guide de la Révolution progressiste et populaire (RPP), le président de facto du Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, a décidé de s’attaquer à un pilier de la domination culturelle : les manuels scolaires. L’objectif est clair : décoloniser les savoirs.
Un lexique et manuel pédagogique de 190 pages a été officiellement distribué à l’ensemble du corps enseignant. Il introduit une nouvelle méthode d’enseignement pour les élèves burkinabè, centrée sur le patriotisme et la souveraineté culturelle.
La réforme se traduit d’abord par l’apparition de nouveaux chapitres, absents des anciens programmes hérités de la période coloniale. Deux chapitres majeurs font leur entrée : « La Confédération des États du Sahel » pour comprendre la nouvelle architecture géopolitique régionale, et « La prédation des ressources naturelles du Faso par l’Occident » pour analyser l’histoire économique du pays sous un angle souverainiste.
Ensuite, c’est le vocabulaire lui-même qui est repensé pour changer de paradigme. Les instructions du nouveau manuel sont précises :
- On ne parle plus de « colonisateur » mais d' »Envahisseur »
- On ne parle plus d' »explorateur » mais d' »Espion »
- On remplace les termes dévalorisants comme « problèmes » ou « faiblesses » par « Opportunités » ou « défis »
- Le mot « ethnie », jugé diviseur et colonial, est remplacé par « Groupe socioculturel »
Enfin, symbole fort de cette rupture, l’expression « Pays pauvres très endettés » (PPTE), perçue comme stigmatisante et issue des institutions de Bretton Woods, est purement et simplement gommée du nouveau manuel scolaire.
Au-delà d’une simple réforme pédagogique, cette démarche s’inscrit dans la vision globale des autorités actuelles : promouvoir le patriotisme en mettant en avant les héros nationaux, renforcer la souveraineté culturelle et tourner définitivement la page de l’héritage colonial dans l’esprit des jeunes Burkinabè.
✍️ Prospère CAKPO (Stg)
