ENTRETIEN CHEZ LES BONNES DAMES: Quand l’ignorance de l’hygiène prend le dessus dans nos assiettes
Au détour des marchés et des carrefours ruraux, les « bonnes dames » alignent marmites et bassines dès l’aube. Mais derrière les odeurs alléchantes de riz, de haricot ou de sauce se cache une réalité parfois crue : pénurie d’eau potable, mains lavées à la hâte, aliments laissés à l’air libre et balayés par les mouches. Pour des milliers de consommateurs, chaque plat acheté devient un pari avec la santé. L’ignorance des règles de base de la sécurité sanitaire transforme ces petits commerces de proximité en véritables vecteurs de maladies.
Dans plusieurs localités de l’arrière-pays, la malpropreté semble s’être installée au quotidien chez certaines vendeuses. Entre manque de formation et laisser-aller, la quête du gain prend parfois le dessus sur la santé publique.
Fidèle AHOUÉ, infirmier à la clinique CSC BWE-DORA « Ag », dresse un constat lucide : « Dans les zones isolées, chacun fait un peu ce qu’il veut. L’hygiène n’est pas encore aux normes, même si l’on sent que certaines vendeuses essaient de faire un effort. »
C’est le cas de Clémentine NOUANTI, vendeuse dans un maquis local, qui tente de s’imposer une certaine rigueur : « Je balaie mon environnement et mon lieu de vente, et je lave proprement les bols parce que nous vendons de la nourriture », confie-t-elle. Pour garantir la propreté de ses aliments, elle précise qu’elle lave le riz ou le haricot au moins quatre fois avant de les mettre au feu, afin d’éliminer les impuretés et de protéger ses clients.
Face à ces pratiques disparates, les clients commencent à développer des réflexes de prudence. « Si une vendeuse ne protège pas sa nourriture, je n’achète pas », tranche une cliente sous le sceau de l’anonymat. Ce témoignage montre que le consommateur d’aujourd’hui est de plus en plus conscient de l’impact de l’environnement de vente sur son bien-être.
Et pour cause, consommer des plats souillés a des conséquences directes et douloureuses. Jacqueline KASSA en fait régulièrement les frais : « Les fois où j’achète à manger au dehors, je me retrouve souvent avec des maux de ventre et des nausées. »
L’infirmier Fidèle AHOUÉ rappelle la gravité médicale de ces négligences : « Ce manque d’hygiène entraîne l’apparition de cas de choléra, de fièvres typhoïdes et de gastro-entérites aiguës, particulièrement virulentes chez les enfants de moins de cinq ans et certains adultes vulnérables. »
Un impératif : agir sur la chaîne de préparation
Pour assainir ces milieux isolés, préserver une hygiène stricte sur les lieux de vente n’est plus une option, c’est une urgence. La propreté corporelle des vendeuses, l’entretien du cadre de travail et la qualité des aliments doivent devenir des priorités absolues.
Le personnel de santé conseille une approche globale :
« Il faut impérativement veiller à la propreté corporelle de la personne qui cuisine, assainir l’environnement de vente, récurer les ustensiles de cuisine et assurer une protection hermétique des plats contre les mouches et la poussière, nids à microbes. »
Le message est clair : nourrir la population est un service noble, mais le faire en protégeant sa vie est un devoir.
Prospère CAKPO & Déodora ALLOGBE (Stgs)
