REFUS DES BILLETS USÉS AU BÉNIN: La loi face au mur de l’ignorance

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Adoptée pour harmoniser la circulation de la monnaie dans l’espace UEMOA, la loi n°2026-07 peine encore à s’imposer partout au Bénin. Si les mentalités évoluent chez les citoyens informés, la résistance persiste sur les marchés, alimentée par un sérieux déficit de communication de proximité.

Votée à l’Assemblée Nationale du Bénin en mai dernier sous la présidence de Joseph Fifamè Djogbenou, la loi n°2026-07 est venue mettre un terme au calvaire des pièces lisses et des billets froissés ou déchirés. Visant à réprimer le faux monnayage et à protéger les signes monétaires de l’espace UEMOA, ce texte interdit formellement le rejet des devises ayant cours légal sous prétexte de leur usure.

Pourtant, sur le terrain, le constat reste mitigé. Le journal Beni Best News est allé à la rencontre des citoyens de Parakou : entre avancées réelles et poches de résistance, le chemin vers une application totale est encore long.

Dans les marchés et les gares routières, le réflexe d’exclure certaines coupures de la circulation a la peau dure. Le prétexte est souvent le même : le manque d’information.

Barnabé Dawé, commerçant à Parakou : « La plupart des bonnes dames continuent de dicter leur loi par pure ignorance. Quand on leur parle du nouveau texte, elles répliquent avec défi : « Montrez-nous là où c’est écrit ! ». »

Un avis partagé par Martin, étudiant à l’Université de Parakou, qui pointe du doigt les disparités géographiques et d’instruction : « Les commerçantes, surtout dans les villages reculés, ainsi que les personnes analphabètes, affirment n’être au courant de rien. Du coup, elles continuent de trier et de refuser les billets usés comme avant. »

Là où la loi passe, les mentalités changent
Heureusement, là où la sensibilisation a porté ses fruits, le soulagement est général. La fin du tri arbitraire de l’argent a considérablement fluidifié les transactions économiques du quotidien.

Une libération économique : « Au début, c’était un peu difficile de faire accepter le changement », confie Fabrice Djossou. « Mais avec le temps, les habitudes ont changé. Cette loi a redonné de la valeur et de la vie à beaucoup de pièces de monnaie. Je me réjouis de voir comment elle est désormais respectée autour de moi. »

Pour Bérénice Awoyo, c’est le caractère coercitif de la loi qui a fait bouger les lignes : « Nul n’est censé ignorer la loi, sous peine d’en subir les conséquences juridiques. C’est cette crainte des sanctions qui a motivé les populations et fait évoluer les mentalités. Aujourd’hui, dans mon entourage, quel que soit l’état de l’argent, plus personne n’ose exprimer un refus. »

Le constat est clair : la communication institutionnelle classique a atteint ses limites. Pour toucher les couches les plus vulnérables notamment les populations rurales et non scolarisées, l’appareil étatique et les organisations de la société civile doivent changer de paradigme.

Il devient urgent de déployer des campagnes de sensibilisation de proximité : descentes sur les marchés, messages radio en langues locales et sketches éducatifs. L’enjeu est de taille : mettre tous les citoyens au même niveau d’information pour que la loi n°2026-07 ne soit plus un mythe, mais une réalité partagée par tous.

Par Christian AKPAKPA

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