CONSOMMATION DE TCHOUCOUTOU: Une boisson qui réchauffe les corps, mais refroidit l’avenir

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Au Nord-Bénin, le Tchoucoutou est bien plus qu’une boisson : c’est un marqueur identitaire brassé à base de mil. D’une calebasse à l’autre, il coule à flots. Mais cette fierté des terroirs devient un piège quand la mesure se perd. Consommé à l’excès, il ronge le foie, vide les poches et brise les foyers. Entre tradition et dérive, la frontière est ténue. À seulement 100 FCFA, ce breuvage détruit parfois plus de familles que la pauvreté. Plongée au cœur d’une addiction aux saveurs locales.

Le constat est particulièrement alarmant chez les jeunes, qui se retrouvent en groupes pour consommer ce produit de manière excessive. Noël Kouagou N’Tcha, un habitué, confie : « Je le prends avec des amis, surtout pour me distraire. » Selon lui, cette pratique permet d’oublier les soucis quotidiens. Il avoue cependant que dans l’euphorie du moment, la dose normale est très souvent dépassée.

Cette quête de distraction est perçue d’un tout autre œil par Cosme Oloukoué, soudeur de profession. Pour lui, cet argument n’est qu’un écran de fumée. « Évoquer la distraction, c’est masquer la réalité », déplore-t-il, pointant plutôt du doigt le désœuvrement ambiant. Il estime que le manque d’emploi et l’oisiveté sont les véritables moteurs de cette consommation effrénée chez les jeunes : « Pour les uns, c’est une affaire de tradition, mais pour d’autres, c’est le reflet d’un manque de perspectives. »

Ces excès ne sont évidemment pas sans conséquences. Au-delà des lendemains difficiles marqués par « les maux de tête et les vomissements » évoqués par Noël, l’abus de Tchoucoutou entraîne des dérives comportementales bien plus graves.

« On enregistre de nombreux cas d’accidents sur le tronçon Arafat-Baka, à cause de la perte de contrôle de certains jeunes », fustige le soudeur Cosme Oloukoué. Il ajoute que l’état d’ivresse conduit fréquemment à une agressivité exacerbée : « Ils deviennent brutaux et n’ont plus conscience de leurs actes. »

Face à ce tableau sombre, une lueur de lucidité émerge parfois. Conscient des risques professionnels et sanitaires, Noël confie son intention de décrocher : « Je pense à arrêter un jour. »

Pour de nombreux observateurs, si cette consommation atteint des proportions critiques, c’est aussi par manque d’encadrement et de sensibilisation auprès de la jeunesse. « Mon peuple périt faute de connaissance », rappelle Cosme en citant un célèbre verset biblique. Il plaide activement pour l’organisation de campagnes de sensibilisation sur les dangers de l’alcoolisme, afin que ces jeunes réalisent qu’ils achètent, de leurs propres poches, leurs futures maladies et problèmes sociaux.

Se détendre est une chose, mais cela ne devrait jamais se faire au détriment de la vie humaine. Le message de Cosme Oloukoué résonne comme un avertissement nécessaire : préserver sa santé reste la priorité absolue.

✍️ Prospère CAKPO & Déodora ALLOGBE

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