ÉDUCATION: La lecture, une arme intemporelle pour terrasser l’ignorance
Bien plus qu’une simple articulation de mots, la lecture s’impose comme le socle de l’émancipation intellectuelle. Au Bénin, professionnels du livre, écrivains et passionnés partagent leur vision de cette pratique essentielle à l’ère du numérique.
Pour Cosme Orou Logouma, écrivain béninois, la formule est simple : « La lecture est la nourriture de l’esprit ». Un avis partagé par Francel Sèna Loko, directeur du Centre des Activités Éducatives du Bénin (CAEB), qui la définit comme « le fondement de tout apprentissage et de tout développement humain ».
Si pour certains, l’envie de feuilleter un ouvrage naît de la pure curiosité à l’instar d’Iradath Sama, étudiante en Licence 2 de Lettres modernes, qui lit pour « découvrir les choses cachées », pour d’autres, elle revêt une dimension psychologique. Salomé Houénafa Kohougbla, Miss Littérature Bénin 2024 et deuxième dauphine de Miss Littérature Afrique 2025, y trouve un refuge : « La lecture, c’est ma thérapie. Je lis quand je suis en joie, triste ou anxieuse ».
Chaque œuvre suscite une palette d’émotions (joie, tristesse, soulagement ou inquiétude) qui varie selon l’intrigue et la sensibilité du lecteur. De même, les goûts diffèrent : la fiction permet de « s’évader dans un monde imaginaire » selon Miss Littérature, tandis que d’autres préfèrent le pragmatisme des essais, des ouvrages religieux ou du développement personnel.
Le constat actuel reste pourtant alarmant : le goût de l’effort de lecture s’étiole. Dans les amphithéâtres universitaires, la tendance est au moindre effort. Dès qu’un enseignant recommande un ouvrage, la majorité des étudiants se rue vers les résumés en ligne plutôt que de parcourir l’œuvre intégrale.
Face à ce désintérêt apparent, les écrivains refusent de poser la plume. Ils écrivent pour la postérité. Interrogé sur ses motivations, Cosme Orou Logouma confie avec philosophie : « Peut-être ne serai-je pas largement lu aujourd’hui. Mais je suis convaincu qu’une génération viendra, ouvrira mes modestes ouvrages par amour ou par curiosité et y découvrira quelques pépites, quelques mines d’or de pensée, de culture et d’espérance. »
Pour Modeste Agbikossi, écrivain et entrepreneur béninois, l’écriture est un acte de résistance : il faut que « la plume puisse avoir sa raison d’être dans une société où l’on est distrait par les réseaux sociaux ». Il rappelle d’ailleurs qu’« on ne peut pas vouloir réussir, être grand, sans avoir les livres pour compagnons », car la lecture forge la personnalité, enrichit le vocabulaire et aiguise l’esprit critique.
L’avènement des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) est souvent pointé du doigt comme le principal responsable de la crise de la lecture. Pourtant, pour le directeur du CAEB, le numérique et le livre traditionnel ne sont pas des adversaires, mais bien des alliés.
Grâce aux bibliothèques virtuelles, aux liseuses et aux articles scientifiques accessibles en un clic sur le web, le numérique élargit le champ des possibles. Les centres documentaires modernes l’ont bien compris en initiant les apprenants aux outils digitaux tout en préservant le charme et la rigueur de la lecture sur papier.
Pour les acteurs du monde du livre, le message d’ordre reste le même : il est urgent que la jeunesse se déconnecte des écrans pour se reconnecter aux livres, ne serait-ce que quelques minutes par jour. Car lire, c’est avant tout comprendre, apprendre et grandir.
✍️ Alvine ALLOGOGO (Stg)
