septembre 2, 2026

JUSTICE & SOCIÉTÉ/RIGUEUR DE LA LOI AU BÉNIN: L’énigme de l’emprise sur les mineures

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Un instituteur de 41 ans condamné à Cotonou à 5 ans de prison ferme et 3 ans de suspension d’activité pédagogique après sa peine pour harcèlement sur son élève mineure. L’Institut National de la Femme (INF), constitué partie civile, illustre la doctrine du « zéro tolérance »

La sentence tombée à Cotonou résonne comme un avertissement sans frais dans le corps enseignant. Un instituteur de 41 ans a été condamné par la justice béninoise à cinq ans de prison ferme, assortis de trois ans de suspension de toute activité d’enseignement après la purge de sa peine, pour harcèlement sur son apprenante mineure.

L’implication directe de l’Institut National de la Femme (INF), constitué partie civile pour porter la voix de la victime, démontre qu’un verrou institutionnel majeur a sauté. Pourtant, au-delà de la satisfaction judiciaire, une question de fond subsiste : *alors que les risques de ruine sociale, professionnelle et pénale sont aujourd’hui maximaux, qu’est-ce qui pousse encore certains hommes à cibler des mineures ?

L’analyse sociologique et clinique de la prédation sur mineures en milieu scolaire met en évidence une réalité souvent méconnue : l’acte relève bien plus d’un mécanisme de pouvoir que d’une simple impulsion charnelle.

Une élève mineure se trouve dans une situation de triple infériorité (âge, statut social, niveau d’instruction). Pour un agresseur, cette dissymétrie facilite grandement la manipulation et l’imposition du secret.

Le statut d’enseignant procure une autorité naturelle. L’agresseur détourne cette position pour établir un contrôle absolu sur une victime perçue comme moins encline à poser des limites fermes ou à porter plainte immédiatement.

Pendant des décennies, le harcèlement en milieu scolaire a bénéficié d’une forme de tolérance sociale et d’arrangements « à l’amiable » étouffés au sein des établissements ou des familles.

Malgré l’évolution rapide de la législation au Bénin, une inertie s’observe dans les mentalités :

  • L’ancrage des privilèges patriarcaux: Certains hommes restent imprégnés de schémas obsolètes où le corps de la jeune fille est considéré comme accessible ou négociable.
  • Le biais d’invulnérabilité : Beaucoup de prédateurs minimisent la portée de leurs actes et pensent pouvoir échapper à la justice grâce à leur position d’autorité, leur réseau ou la peur du scandale chez les proches de la victime.

L’INF : la rupture stratégique du silence

Ce jugement marque une fois de plus, une rupture nette avec le passé. En se constituant partie civile, l’INF transforme une affaire autrefois reléguée à la sphère privée en un enjeu d’ordre public.

  1. L’accompagnement juridique et judiciaire par l’INF protège la famille de la victime contre les tentatives de règlement à l’amiable ou les intimidations.
  2. En frappant l’instituteur de 5 ans de prison ferme et d’une interdiction d’exercer, la justice retire à l’agresseur l’outil même qui lui servait de levier de prédation : son statut d’éducateur.

La sévérité des peines et l’action offensive de l’INF constituent un rempart judiciaire indispensable. Néanmoins, tant que les rapports de force en milieu éducatif et la culture de l’emprise ne seront pas déconstruits à la racine, l’illusion de domination continuera d’aveugler certains hommes face à la rigueur de la loi.

Par Yaovi Angélo HOUNDJO

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