SOUVERAINETÉ AUDIOVISUELLE: Le Burkina fait plier Canal+, une leçon pour le Bénin ?
Depuis le 27 août 2026, la Radiodiffusion Télévision du Burkina (RTB) a remporté un bras de fer stratégique contre le géant français Canal+. Les trois chaînes publiques burkinabè (RTB, RTB Zénith et RTB 3) sont désormais accessibles gratuitement sur les décodeurs de l’opérateur, y compris lorsque l’abonnement du foyer est expiré.
Pour obtenir ce résultat, l’autorité de régulation burkinabè (le CSC) n’a pas hésité à infliger 250 millions de FCFA d’amendes cumulées à l’opérateur privé entre juin et juillet 2026 pour le contraindre à respecter la convention signée en février 2025. Pour Ouagadougou, ce passage en clair n’est pas qu’une mesure d’accès technique : c’est un acte de souveraineté médiatique garantissant à chaque citoyen l’accès à l’information publique en période de crise nationale.
Analyse : et si le Bénin exigeait la même chose pour la SRTB ?
Au Bénin, la chaîne nationale (récemment réorganisée sous l’égide de la SRTB) reste assujettie aux règles d’abonnement des bouquets payants. Dès lors que l’abonnement Canal+ d’un ménage expire, l’accès au signal de la télévision publique s’interrompt, alors même qu’il s’agit d’un service public financé par le contribuable béninois.
Une démarche similaire de la part de l’État béninois présenterait plusieurs enjeux :
Garantir le droit à l’information publique : La télévision nationale constitue un vecteur essentiel de communication gouvernementale, d’éducation et de cohésion sociale. Conditiorner son accès à un réabonnement payant auprès d’une multinationale privée crée une discrimination par les revenus.
Réaffirmer le pouvoir de régulation : Face aux positions dominantes des opérateurs audiovisuels étrangers sur le marché local, le régulateur béninois (la HAAC) pourrait s’inspirer du précédent burkinabè pour faire valoir le principe de « must-carry » en clair (obligation de transport gratuit des chaînes publiques).
Accélérer l’alternative TNT : Si l’accès gratuit sur décodeur satellite payant constitue une solution immédiate, l’enjeu sous-jacent pour le Bénin reste le déploiement effectif et la vulgarisation de la Télévision Numérique Terrestre (TNT), seul canal garantissant une véritable indépendance vis-à-vis des bouquets privés.
Le cas burkinabè démontre qu’un rapport de force institutionnel et réglementaire peut contraindre les multinationales du câble à respecter l’intérêt public. Il pose la question de la volonté politique des autres États de la région à faire de la gratuité de leurs médias nationaux une priorité non négociable.
Prospère CAKPO
