juillet 27, 2026

ENQUÊTE/REGARD DE LA SOCIÉTÉ SUR LES PERSONNES ÂGÉES: Le triste déclin du statut des aînés

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Autrefois vénérées comme des piliers de sagesse et des gardiennes de la tradition, les personnes âgées voient leur statut social s’éroder au Bénin. Entre désintérêt de la jeunesse, précarité et préjugés persistants, le regard de la société sur le troisième âge a profondément changé.

Dans les villes comme dans les campagnes, le constat est amer : le respect autrefois naturellement dû aux aînés tend à s’effriter. Propos désobligeants, moqueries ou simple indifférence rythment désormais le quotidien de nombreux seniors. Pour Augustin Tchabi, assistant social et spécialiste en genre et inclusion sociale, ces dérives traduisent de profondes mutations de notre société.

« Aujourd’hui, sous l’effet de l’urbanisation, du développement de l’individualisme et des contraintes économiques, la place des seniors est de plus en plus marginalisée », déplore le spécialiste. Un paradoxe saisissant : alors qu’ils incarnent une mémoire vivante et une richesse immatérielle inestimable, beaucoup de nos aînés sont aujourd’hui perçus comme une charge.

Au quotidien, cette relégation se manifeste par de petites incivilités devenues banales, mais aussi par une perte de soutien familial. Augustin Tchabi se souvient ainsi d’une scène poignante dans un guichet de banque à Parakou : malgré une personne âgée peinant à tenir debout, aucun jeune présent dans la file n’a jugé bon de lui céder sa place.

Pour certains jeunes, comme Franck, interrogé sur place, cette distance relèverait davantage de la méfiance que du mépris : « Avec tout ce qu’on entend aujourd’hui, on ne sait plus distinguer les bonnes personnes des mauvaises puces ou des esprits. » Un témoignage qui met en lumière un mal plus profond : la stigmatisation culturelle qui assimile parfois les personnes âgées à la sorcellerie.

Conséquence de ce changement de regard, beaucoup d’aînés développent un sentiment d’inutilité et de rejet. Mamadou A., cordonnier quinquagénaire aux revenus modestes, en témoigne amèrement : « Aujourd’hui, les jeunes ne vous considèrent que si vous êtes bien habillé ou en grosse voiture. Les gens comme nous sont parfois regardés comme les démons de la ville. »

Selon les experts de l’action sociale, cette perte de repères s’explique par la convergence de plusieurs facteurs :

Le passage de la famille élargie à la famille nucléaire isole progressivement les plus anciens.

La société moderne valorise quasi exclusivement la jeunesse et la productivité économique immédiate.

Confrontées à leurs propres urgences, les familles négligent parfois le soutien matériel et financier dû à leurs parents.

L’insuffisance des structures de prise en charge et de protection sociale accroît la vulnérabilité du troisième âge.

Pourtant, des voix s’élèvent pour rappeler l’importance d’un retour aux valeurs fondamentales. Juliane, une jeune apprentie couturière, prend plaisir à passer du temps avec les aînés : « C’est ma façon de m’accaparer leur savoir, leur sagesse et leurs bénédictions. »

Pour restaurer la dignité des seniors, spécialistes et acteurs sociaux préconisent une action conjointe des familles, de l’école et des pouvoirs publics. Sensibilisation de la jeunesse, mise en place de politiques de protection sociale adaptées et création d’espaces de loisirs dédiés figurent parmi les pistes prioritaires.

Comme le rappelle Augustin Tchabi : « La vieillesse est une étape naturelle. La façon dont nous traitons nos aînés aujourd’hui préfigure la manière dont nous serons traités demain. »

Edwige GADEDJI (Stg)

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