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Pourquoi les publications en ligne conduisent de plus en plus de Béninois en pris

Depuis plusieurs mois, les dossiers s’accumulent sur les bureaux de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET). Un post Facebook, un message WhatsApp, une vidéo TikTok… et des citoyens ordinaires se retrouvent sous les verrous. Diffamation, injures publiques, propagation de fausses informations : au Bénin, les infractions liées au Code du numérique explosent. Comment expliquer cette tendance ?

Internet n’est pas une zone de non-droit

Beaucoup de Béninois perçoivent encore l’espace virtuel comme un univers déconnecté de la « vraie vie ». C’est une erreur stratégique et juridique. Le Code du numérique est pourtant formel : ce qui est publié en ligne possède la même valeur légale qu’une déclaration publique.

Malheureusement, la méconnaissance des limites légales est quasi générale. On insulte, on accuse, on colporte sans mesurer la portée de ses actes. Sur WhatsApp et Facebook, l’émotion prend trop souvent le dessus sur la raison. Dans l’arène des groupes de discussion, la quête d’approbation pousse à la surenchère. On écrit sous le coup de la colère, on relaie sans vérifier. Le clic est instantané, mais les conséquences, elles, s’inscrivent dans la durée lorsque les forces de l’ordre interpellent l’auteur quelques jours plus tard.

La propagation de fausses informations, un délit lourdement sanctionné

En période de tensions politiques ou de crises sociales, les rumeurs se propagent à la vitesse de l’éclair. Annonces de coups d’État, fausses alertes d’attentats, pénuries inventées… Une information non vérifiée devient virale en quelques minutes. Or, la législation béninoise ne badine pas avec les fake news.

Le Code du numérique du Bénin le prévoit expressément dans son article 555 :

« Est puni d’un emprisonnement de un (01) mois à six (06) mois et d’une amende de cinq cent mille (500 000) à un million (1 000 000) de francs CFA, quiconque initie ou relaie une fausse information contre une personne par le biais des réseaux sociaux ou tout autre support numérique. »

Le texte est sans ambiguïté : partager sans vérifier, c’est déjà enfreindre la loi. Même sans être l’auteur principal du mensonge, le simple fait de le relayer expose le citoyen à des peines de prison fermes.

Le grand défi de l’alphabétisation numérique

Cette recrudescence des interpellations met en lumière un problème de fond : la démocratisation fulgurante du smartphone n’a pas été accompagnée d’une éducation aux médias. Les populations ont reçu l’outil sans le mode d’emploi civique. À l’école comme au sein des familles, cette formation à la responsabilité numérique fait cruellement défaut. Résultat : c’est souvent face au juge que le citoyen découvre l’existence de la loi.

Dès lors, la répression aveugle montre ses limites ; il devient urgent d’informer. Le Code du numérique doit être vulgarisé à travers des cas pratiques et des messages percutants, du type : « Ces 5 types de messages qui peuvent vous conduire en prison ». Campagnes d’affichage, capsules vidéo, émissions radio en langues nationales… La loi doit sortir des tribunaux pour devenir accessible à tous.

L’État, les professionnels des médias, le système éducatif et les influenceurs doivent désormais parler d’une seule voix : publier, c’est s’engager. Le message clé est simple : la liberté d’expression est un droit constitutionnel, mais elle s’arrête là où commencent l’injure, la diffamation et l’incitation à la violence.

Les réseaux sociaux représentent un formidable levier de développement pour le Bénin. Cependant, mal maîtrisés, ils se transforment en pièges judiciaires. La hausse des cyberdélits révèle un double déficit : un manque criant d’information et un besoin urgent d’éducation. Pour assainir l’espace numérique national, il faudra impérativement agir sur ces deux fronts. Car derrière chaque écran, chaque post reste un acte. Et au Bénin désormais, tout acte a des conséquences.

Christian AKPAPKA (Stg)

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