RELATION COTONOU-NIAMEY : Romuald Wadagni au pas de charge pour le dégel avec le Sahel
À peine dix jours après sa prestation de serment, le nouveau chef de l’État béninois, Romuald Wadagni, a entamé ce mardi 2 juin 2026 une tournée diplomatique cruciale au Niger et au Burkina Faso. Objectif affiché : sceller la réconciliation avec les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) et relancer une coopération économique asphyxiée par trois ans de tensions.
C’est un ballet diplomatique que peu d’observateurs auraient imaginé d’une telle intensité il y a encore quelques mois. Ce mardi matin, l’avion présidentiel béninois s’est posé sur le tarmac de l’aéroport international Diori Hamani de Niamey. À son bord, le président Romuald Wadagni, fraîchement investi le 24 mai dernier, venu porter un message de rupture et de pragmatisme au cœur du Sahel.
Preuve de l’importance capitale de l’événement, le président du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), le Général d’armée Abdourahamane Tiani, a tenu à accueillir personnellement son homologue béninois au pied de la passerelle. Tapis rouge, honneurs militaires et présence du Premier ministre Ali Mahaman Lamine Zeine : Niamey n’a pas lésiné sur les symboles pour acter ce qui ressemble fort à un tournant historique.
Cette offensive de charme sahélienne qui conduira également le chef de l’État béninois auprès du Capitaine Ibrahim Traoré à Ouagadougou s’inscrit dans la « diplomatie de voisinage active » promise par Cotonou. Elle fait suite à un premier déplacement stratégique effectué la veille au Nigeria auprès de Bola Ahmed Tinubu.
Pour Romuald Wadagni, l’urgence est double : sécuritaire et économique. Depuis le coup d’État de juillet 2023 à Niamey et la crise des frontières qui a suivi, le fleuve Niger est devenu une barrière de béton et de conteneurs. Les échanges, autrefois florissants via le corridor reliant le Port autonome de Cotonou à l’hinterland nigérien, se sont réduits à un commerce clandestin par pirogues. En se positionnant comme l’artisan du dégel, l’ancien ministre des Finances sait que la croissance béninoise, qu’il veut « visible dans la vie ordinaire des populations », dépend en grande partie de la réouverture de ces poumons économiques.
Le décor de cette réconciliation avait déjà été soigneusement planté le 24 mai dernier au Palais des Congrès de Cotonou. Lors de l’investiture du successeur de Patrice Talon, la présence hautement symbolique des ministres des Affaires étrangères du Mali (Abdoulaye Diop) et du Burkina Faso (Karamoko Jean-Marie Traoré), aux côtés du Premier ministre nigérien, avait envoyé un signal de détente sans précédent dans une Afrique de l’Ouest profondément fracturée.
Si l’enthousiasme est palpable à Niamey comme à Cotonou, le chemin vers une normalisation complète reste semé d’embûches. Romuald Wadagni devra manœuvrer avec habileté pour rétablir des canaux de communication durables avec les régimes militaires de l’AES, sans pour autant froisser les partenaires occidentaux et le reste de la CEDEAO.
Au menu des discussions à huis clos ce mardi : les protocoles de sécurité frontalière, la reprise officielle des flux de marchandises et la gestion concertée des menaces sécuritaires dans la zone septentrionale du Bénin. Les prochaines heures diront si cette diplomatie du contact direct suffira à lever définitivement les barrières de béton qui séparent encore les deux rives du fleuve Niger.
