LES RIVIÈRES DE L’INSOUCIANCE: Quand les jeux d’eau des enfants restent un péril silencieux

0
IMG-20260617-WA0006

À l’occasion de la Journée mondiale de l’enfant africain, lumière sur un péril silencieux qui décime notre jeunesse : la baignade non surveillée dans les cours d’eau. Entre démission parentale, manque de loisirs sécurisés et impuissance des adultes face aux noyades, le phénomène prend des proportions alarmantes en milieu semi-urbain et rural.

Des éclats de rire qui résonnent, des plongeons acrobatiques et des corps vigoureux qui fendent les eaux tumultueuses d’une retenue d’eau. À première vue, la scène transpire l’enfance, la liberté et l’insouciance des vacances ou des après-midis de grande chaleur. Mais derrière ce tableau idyllique se cache une roulette. Chaque année, au Bénin et partout sur le continent, des dizaines d’enfants perdent la vie, engloutis par des courants imprévisibles, sous le regard parfois impuissant d’une communauté passive.

En Afrique subsaharienne, dès que le thermomètre grimpe ou que la saison des pluies remplit les lits des rivières, les cours d’eau deviennent les principaux parcs d’attractions des enfants. Faute d’infrastructures de loisirs adéquates ou de piscines publiques accessibles dans les localités secondaires, les marigots et les fleuves s’imposent comme la seule alternative pour tromper l’ennui.

Le danger réside dans l’inconscience du jeune âge. À 8, 10 ou 12 ans, la perception du risque est quasi inexistante. Un banc de sable qui se dérobe, une crue soudaine en amont, ou une simple crampe suffisent pour transformer le jeu en tragédie. Les enfants s’aventurent par grappes, s’interpellant et se défiant, sans mesurer que la frontière entre le divertissement et la mort y est poreuse.

L’un des aspects les plus troublants de ce phénomène réside dans le huis clos qui se joue parfois sur les berges. Il n’est pas rare que des adultes lavandières, maraîchers, ou personnes âgées de passage assistent au drame sans pouvoir intervenir.

Cette impuissance n’est pas de l’indifférence ; elle traduit une terrible réalité structurelle. En milieu rural, une grande majorité d’adultes ne sait pas nager, ou du moins, ne possède aucune notion de sauvetage en eau vive. Face à un enfant qui se noie et se débat dans un courant fort, le réflexe de survie de l’adulte l’emporte souvent sur l’héroïsme. Entrer dans l’eau équivaudrait à mourir à deux. C’est ainsi que des vieillards, figés sur la rive, assistent la mort dans l’âme à la disparition d’une jeune vie, faute de corde, de bouée, ou de compétences pour feinter le courant.

Célébrer la Journée de l’enfant africain, ce n’est pas seulement chanter ses droits théoriques, c’est d’abord protéger sa vie de manière concrète. La récurrence de ces noyades pointe du doigt une responsabilité partagée :

La vigilance parentale en question : Trop souvent, les enfants s’éloignent pendant des heures sans que les parents ne sachent précisément où ils se trouvent. La pauvreté et les travaux champêtres accaparent les adultes, laissant la garde des plus jeunes à la charge d’eux-mêmes.

Le silence des communautés : Il est urgent de briser le fatalisme qui entoure ces décès, trop souvent mis sur le compte de la « sorcellerie » ou de la « colère des génies de l’eau », occultant la simple imprudence humaine.

La sensibilisation scolaire : Intégrer dès le primaire des modules d’alerte sur les dangers des cours d’eau en saison des pluies.

La sécurisation des accès : Identifier les points de baignade les plus critiques pour y installer des signalisations visuelles ou des barrières rudimentaires.

Les rudiments de secourisme : Initier les comités locaux de développement et les jeunes leaders aux gestes de premiers secours et aux techniques de sauvetage simples (lancer de corde, utilisation de perches).

L’eau est source de vie, elle ne doit plus être le tombeau de l’avenir de l’Afrique. Pour que les rires des enfants continuent de résonner sur les berges sans jamais s’éteindre au fond des eaux, le réveil des consciences n’est plus une option. C’est une urgence vitale.

Noter ce.t post

À propos de cet auteur

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *